chez ptipois

garanti sans feuille de menthe

21 mai 2009

Cyprès de Climens

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Cyprès de Climens et quelques bouteilles de château-climens,
au château, devant un pressoir vertical.

Les sauternes sont des vins magiques que notre époque sous-estime. Mes proches connaissent ma dévotion pour eux et savent que je milite avec conviction pour qu'ils reçoivent l'attention qu'ils méritent. Loin est le temps où ils étaient vinifiés sur la douceur, la sucrosité ; certains ne l'ont jamais été. Les plus grands crus échappent même à la description : le vocabulaire sommelier le plus pointu peine à traduire leur féérie, leur finesse aérienne.

Parmi les sauternes, les barsacs (rappel : ces deux origines voisines forment une même appellation et les barsacs peuvent choisir d'annoncer "sauternes-barsac" sur l'étiquette) ont leur nature propre. Sauternes, en effet, s'étend en retrait de la Garonne, sur un échelonnement de trois terrasses qui culminent avec les croupes des premiers grands crus classés. Les graves pyrénéennes, aux minéraux parfois spectaculaires, en composent les sols. Barsac s'étend sur un terrain plus plat, entre les terrasses et le fleuve, et présente un sol différent : sur un socle de calcaire à astéries fissuré, une couche de sables argileux riches en oxyde de fer, appelés "sables rouges de Barsac". Les racines des vignes plongent profondément à travers les fissures du calcaire pour trouver les nutriments en sous-sol. On schématisera en disant que les sauternes se distinguent par des notes miellées, aromatiques et florales, et les barsacs par une charpente hespéridée plus acide. C'est à tout le moins schématique, un peu vrai comme tous les schémas mais échappant à ceux-ci : il y a ainsi plusieurs "barsacs des sauternes", ainsi que des sauternes à Barsac, et miel autant qu'agrumes, fruits exotiques autant qu'effluves de glycine, peuvent entrer dans la palette aromatique des uns et des autres. À Barsac comme à Sauternes, la jeunesse est aimable et parfumée, l'âge moyen prend du corps, et le grand âge se révèle grandiose et structuré, plein de surprises.

Cyprès de Climens est le second vin du château Climens, premier grand cru classé de Sauternes-Barsac (donc un barsac si vous avez suivi) dont l'excellence reflète le talent, le savoir-faire et le soin minutieux de Bérénice Lurton et de son équipe. Son nom fait allusion aux cyprès qui bordent une parcelle de vigne juste en face du château, mais aussi à une coutume ancienne : lorsque les bateaux s'acquittaient de leur droit de passage sur le Ciron, ils recevaient une branche de cyprès bleu pour attester du paiement.

Les arômes enchanteurs, printaniers de château-climens sont mondialement célèbres. Cyprès de Climens, vinifié avec le même soin, mérite d'être connu à l'égal de son grand frère. Nez de fleurs blanches et jaunes, de tilleul en fleur, puis attaque en bouche confirmant le tilleul, le fruité, un soupçon de menthe fraîche, abricot et pêche blanche. La finale confirme la fraîcheur : viennent des notes légères d'écorce de citron un peu confite, de cire d'abeille, d'aspérule, de fleur de tilleul à demi séchée, d'ananas frais. Ce vin semble synthétiser tout ce que l'on aime dans les barsacs : leur fraîcheur, leur distinction, et par-dessus tout leur adaptabilité. Pourquoi le restreindre au foie gras et aux desserts ? Les accords classiques sont en quelque sorte perdus sur cette complexité aromatique qui incite l'imagination sensorielle à se dépasser. Fruits de mer grillés, asperges et autres légumes tendres, poissons meunière, volailles rôties croustillantes, huîtres, salaisons nobles (un jambon San Daniele finement tranché), saveurs vietnamiennes (on ne dira jamais assez combien les sauternes sont des vins à nems), thaïlandaises, cantonaises…

Je l'ai testé l'autre soir avec un poulet frotté du mélange Marrakech pour tajine de Gérard Vives (j'y reviendrai), du jus d'un citron de Sicile (l'écorce a été placée à l'intérieur du poulet) et d'huile d'olive marocaine, puis rôti à four doux. Nous l'avons fini le lendemain avec des toasts cantonais aux crevettes et au sésame. Dans les deux cas, l'accord était parfait, preuve parmi tant d'autres de l'universalité de ces vins, faits pour accompagner un repas de l'apéritif au dessert.
Je n'aurai qu'un conseil : recherchez, découvrez Cyprès de Climens, recherchez château-climens, découvrez ou redécouvrez les sauternes. Ces vins éternellement jeunes n'ont jamais été si délicieux.


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Au château Climens.

Nouvellement habillé d'une belle étiquette bleu persan, Cyprès de Climens 2006 sera disponible en avant-première à Paris dans les établissements suivants : la terrasse de l'hôtel Raphaël, la Grande Épicerie du Bon Marché, la terrasse du Marriott Champs-Élysées, l'Italian Lounge à La Défense et le restaurant Pharamond.

Au Cap-Ferret, vous pourrez le déguster au Wharfzazate ; à Bordeaux, au Carré des Chartrons et au Bouchon Bordelais.
En attendant que d'autres restaurateurs et sommeliers bien avisés leur emboîtent le pas.

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30 avril 2009

Quelques jours à Montpellier

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Quelques jours à Montpellier, en mission, pour travailler, pour le repos, tout ça à la fois. Quelques images qui pour moi résument cette ville que j'aime.

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La verdure des jardins clos près du musée Fabre.

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Deux jolis visages aperçus près du Corum.

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Corbeille sur la terrasse du Pré Vert, restaurant bio près de l'église Sainte-Anne.

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Peu après mon arrivée, lundi. J'ai oublié mon téléphone à Paris, mais j'ai un room service. Au premier plan, les asperges de Mauguio.

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Et le soir, croustillant de fraises au Jardin des Sens.

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Visite à la Plage Carré Blanc, une des réalisations récentes de Jacques et Laurent Pourcel sur la plage de Villeneuve-les-Maguelonne. Deuxième saison d'ouverture pour ce qui est à mon avis la plus réussie des "plages" des jumeaux : la plus pieds dans l'eau (un peu trop d'ailleurs, l'autre jour la tempête a fait passer la mer par-dessus les planches), la plus sobre, la plus cabane en bois, la plus simple, la plus blanche, la plus belle.

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La lumière solaire est tamisée par un jeu de lattes parallèles et un voile de papier chiffonné. Cela donne à l'endroit un éclairage très particulier.

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Le paysage aperçu par les ouvertures du planchage semble plus un tableau qu'un paysage. Et à cause de la lumière, la photo elle-même semble un tableau.

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Tapenade, guacamole très pimenté, chips de pita.

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El patrón.

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22 avril 2009

Le premier qui touche à Beaubourg s'en prend une

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Photo © Julot

À l'occasion de l'exposition sur le Grand Paris qui s'ouvre le 30 avril à la Cité de l'architecture et du patrimoine, un sondage du Figaroscope révèle les monuments dont les Parisiens, paraît-il, ont marre.
N'ayant pas été sondée à ce sujet, je décide ce matin d'interrompre le sommeil (réparateur ?) de ce blog dû à une trop forte charge professionnelle pour pousser une petite exclamation (plus classe qu'un coup de gueule) :

Le premier qui touche à Beaubourg s'en prend une.

Beaugrenelle : faites attention, y a des gens dedans. Il y a aussi un de mes éditeurs, accessoirement. Et ça reste tout de même, bien qu'assez moche, un témoignage de l'architecture champignonnière de semi-luxe des années 70. Je ne dis pas que ça devrait être classé, mais ça ne manque pas d'intérêt.
La Maison de Radio-France, vous n'y touchez pas non plus, c'est unique au monde. En revanche, les immeubles début 80s construits autour, dont les fenêtres ressemblent à des yeux dans le bouillon, vous pouvez bazarder à l'aise. La BNF, ça demande débat, mais j'aime les quatre tours (inspirées pour l'effet chromatique du Seagram Building de Manhattan) et l'escalier en bois de cèdre. J'aime bien aussi la pyramide du Louvre, et je soupçonne ses détracteurs de l'associer uniquement au pharaonisme mitterrandien (effectivement discutable) alors qu'il serait plus honnête de l'associer au grand Ieoh Ming Pei.

Sinon, les autres merdes (complexe financier de Bercy, Opéra-Bastille, tour Montparnasse, palais des Congrès, etc.), vous pouvez en faire tout ce que vous voulez.

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19 mars 2009

Printemps en Sauternais

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Depuis plusieurs mois, je fais régulièrement de longs séjours dans la région bordelaise pour un projet d'envergure. Je n'en ai jamais parlé ici auparavant, entre autres raisons parce que ça ne m'a jamais laissé le temps de rien poster. Mais la splendeur du Sauternais, que j'ai la chance de traverser par cet avant-printemps qui prend des allures d'été, m'incite à vous donner quelques images. Avec commentaires laconiques : la forte charge de travail quotidien m'interdit d'être plus prolixe. Je vous dirai seulement qu'il est question de vins.
Bouteille : château Calon-Ségur. Miroir : château Lafaurie-Peyraguey.

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Trois étages et beaucoup de grandes dalles de calcaire plus bas, le caveau de Lafaurie-Peyraguey.

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Mon humble demeure sauternaise. Dehors, sémillon et sauvignon. Il fait assez doux pour que je garde les pieds nus sur les vieilles tomettes lissées par le temps. J'adore ça.

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Le salon du premier étage. Dommage qu'il n'y ait personne pour jouer aux échecs avec moi. Dommage aussi que je ne sache pas jouer aux échecs.

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Le château Lafaurie-Peyraguey (premier cru classé de Sauternes) a de la gueule avec son style hispano-mauresque qui inviterait volontiers au repos et à la sieste. (Manque de pot, c'est pas le moment.)

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C'est le printemps, les rosiers à l'extrémité des règes de vigne entreprennent de s'étendre.

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Cette citadelle andalouse sur sa croupe, point culminant (comme par hasard) de l'appellation sauternes, c'est château d'Yquem, évidemment — dans la lumière du soir. Je peux y aller à pied en me promenant.

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Autre lumière cuivrée : une mini-verticale de château-suduiraut.

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Dégustation à Suduiraut, du soleil descend dans les verres.

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Tôt le matin, le soleil projette l'ombre d'une petite fleur sur un galet des belles graves d'Yquem.

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Dégustation collective à Doisy-Védrines : les grands crus classés rangés en bataillon.

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Au printemps, à Yquem, la vigne pleure.

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Château de Myrat : M. de Pontac, descendant d'un illustre père de la vigne, me sert du 2008 au fût.

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Pendant ce temps, toujours à Myrat, un mimosa déploie toutes ses poudres. Au fond, un grand magnolia à feuilles caduques, en pleine fleur.

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Une brève halte à Podensac entre deux châteaux.

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01 mars 2009

Ptipois Cookathon (2e partie)

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Les préparatifs du Ptifest commencent un peu gore : samedi, fin de matinée, préparation et parure des 4 kg de joue de bœuf qu'Alex nous a rapportés hier soir du Ginger Pig. La viande est très fraîche, de texture dense, les joues sont de petite taille. Heureusement j'ai apporté mes fidèles couteaux (le kom-kom thaïlandais - à gauche - qui ne me quitte jamais et un petit Opinel d'office en acier au carbone, sur la planche) qui retirent la couche nerveuse-graisseuse sans difficulté. Il y a huit joues, nous serons seize ; les proportions sont idéales.

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Voici une partie de l'appareil aromatique qui servira pour les joues de bœuf : poudre de cacao, fèves de tonka. C'est la première fois que j'utilise de la tonka en cuisine, ces fèves sont un présent de Jean-Marc Notelet, du restaurant Caïus (rue d'Armaillé à Paris). La recette que je vais faire est également de lui. Elle sera légèrement différente de celle qui figure dans son livre Le Cuisinier et le Parfumeur, en fonction de variantes qu'il m'a données verbalement mais aussi des produits disponibles localement. J'aurais pu mouiller la recette au côtes-du-rhône comme prévu, mais Maggie m'a proposé trois bouteilles de brunello di montalcino juste entamées mais non terminées. Le surcroît de fruité apporté par le vin italien sera équilibré en fin de cuisson par un apport de vinaigre balsamique. Je ferais aussi bien de vous donner carrément la recette.

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Ici, quatre joues de bœuf du Ginger Pig rissolent dans une cocotte en terre Emile Henry. J'ai dû employer deux cocottes pour dorer et singer la viande, mais les huit joues ont finalement tenu dans la grande Le Creuset couleur flamme.

JOUE DE BŒUF À LA FÈVE DE TONKA
Recette de Jean-Marc Notelet, adaptée aux circonstances

Pour 16 personnes
8 joues de bœuf bien parées, salées et poivrées
huile d'olive
poudre de cacao
rhum blanc
8 fèves de tonka
3 bouteilles de vin rouge (cette fois, du brunello di montalcino. Jean-Marc conseille de la syrah des côtes du Rhône.)
20 cl de balsamique environ
beurre
sel, poivre du moulin

Faire dorer les joues dans l'huile d'olive. Prendre son temps : elles doivent être bien raffermies et de belle couleur brun doré. Les retourner plusieurs fois. Dégraisser la cocotte. Remettre les joues dans la cocotte et, sur feu doux, les singer au cacao amer. Laisser rissoler un peu sans faire brûler le cacao. Ajouter quelques rasades de rhum blanc et laisser réduire.

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Ajouter les fèves de tonka et le vin rouge, éventuellement un peu d'eau pour couvrir à niveau. Porter à ébullition et mettre la cocotte, couverte, au four à 160 °C pour 2 h 30. Vous voyez ici un autoportrait à la cocotte Le Creuset.
Jean-Marc Notelet propose, en lieu et place du cacao, des baies de piment niora à ajouter en même temps que les fèves de tonka. J'ai oublié la niora à Paris, mais du cacao, j'ai.

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Au bout de 2 h 30, vos joues se sont attendries et la cuisson est liée par le cacao. Il est temps de dégraisser la sauce puis de rectifier l'assaisonnement et l'acidité : un peu de sel si nécessaire, mais surtout du vinaigre balsamique pour corriger la richesse du plat. Pour cette quantité, j'ai versé environ 20 cl de balsamique. Retour au four pour 1 h 30 environ, mais ce genre de plat est bon enfant et on peut le laisser mijoter plus longtemps à basse température.

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Comme je disposais de beaucoup de temps pour la cuisson de cette recette, et que j'avais d'autres choses à faire en parallèle, j'ai procédé ainsi : une fois les joues bien cuites, je les ai égouttées et rangées sur une plaque et mises au four à 150 °C avec quelques noisettes de beurre pour les faire confire, sans trop vérifier le timing. Pendant ce temps, j'ai fait réduire la sauce sur feu doux jusqu'à ce que la consistance me satisfasse, après quoi je l'ai montée avec un peu de beurre pour la rendre brillante et onctueuse. Dernier petit ajout de rhum blanc pour relever le tout, puis je verse la sauce sur les joues afin de les nourrir. Retour à four doux jusqu'au moment de servir.
Dans la casserole, une purée de céleri aux amandes (également un conseil de Jean-Marc) pour laquelle je ne me suis pas pris le chou : dés de céleri-rave, amandes mondées, lait et sel, le tout frémi ensemble pendant 30 minutes puis passé à la girafe (V. a un Bamix, très efficace), autrement dit au mixeur plongeant. Moyennant un petit montage au beurre en fin de parcours, ça fait une purée très acceptable, un peu texturée — bon, disons-le franchement, c'est délicieux.
Cette purée accompagne la joue de bœuf. Mais il s'agit là du plat principal. Il a été précédé de deux services : une soupe et un plat de poisson.

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Le bol de droite contient des cubes de lieu jaune légèrement marinés au sel, au poivre et au jus de citron, pour le gombo.
Le bol de gauche contient l'appareil à quenelles cantonaises. Composition : chair de mulet et de lieu jaune, gingembre, ail, un peu de Maïzena, sauce de soja, jus de citron vert, 3 œufs pour un kilo de poisson, sel et poivre. Mixer le tout très finement et (point très important) recouvrir de film étirable et garder au moins 3 heures au frigo.

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J'ai choisi de servir un attiéké au poisson et une sauce gombo à côté. A priori l'association est hasardeuse mais en réalité ça va très bien ensemble. Ci-dessus, le début de préparation du gombo.

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Trouvé hier à Tottenham dans un magasin ghanéen, un magnifique maquereau grillé-fumé comme en Afrique. Pour donner à un gombo son fumet inimitable, il n'y a pas mieux. Je trépigne de joie.

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Diverses denrées en attente de cuisson : céleri-rave pour la purée, oignons nouveaux pour la soupe, oignons roses d'Afrique et piments habaneros pour l'attiéké, et au premier plan, toujours pour l'attiéké : de superbes darnes d'un gigantesque vivaneau rouge (red snapper) très légèrement frottées d'un mélange d'ail, de sel, de gingembre, de citron vert et d'huile d'olive.

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Je suis heureuse de faire découvrir à mes amis cette merveille qu'est l'attiéké, son moelleux, son parfum de pain au levain frais. Ici, je suis en train de le beurrer copieusement avant de le recouvrir de poisson frit croustillant, émietté et désarêté, de tranches d'oignon rose et de piment habanero.

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On commence à garnir l'attiéké chaud. Malheureusement, un peu plus tard débordée, je ne prendrai pas de photo du plat fini, pourtant très beau.

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La soupe est servie en premier. Je ne fais jamais le même bouillon, sa composition dépend de ce que je trouve. Le fond de bouillon aujourd'hui se compose ainsi : lard fumé chinois, une belle tête de congre, gingembre, ciboules, ail, céleri chinois, racines de coriandre, quelques piments rouges, une carotte, sel. Dans ce bouillon sont cuits des légumes en morceaux, là encore ce que j'ai sous la main. J'aurais par exemple aimé trouver du mustard cabbage, mais il n'y en avait pas à Chinatown. De même, pour le céleri chinois, j'ai dû faire plusieurs magasins. Voici la liste de légumes pour cete fois : chou-rave, courgette blanche, courge kabocha, épinard frais, petits cœurs de céleri chinois. De toute façon, les légumes, c'est bon.
Une fois les légumes cuits, je poche les quenelles. Je les façonne avec deux cuillères, et hop dans le bouillon. Quand elles remontent à la surface, c'est prêt à servir. Il ne reste plus qu'à rectifier l'assaisonnement et à balancer une bonne poignée de ciboules ciselées et de feuilles de coriandre sur le tout.

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Nous étions seize à table et nous avons tout mangé. Pour des tas de raisons, une des plus belles soirées de ma vie. De gauche à droite : Chris, Maggie, Enrico (derrière Maggie), George, Hugh, Max (derrière les fleurs), Alex et Moby (derrière Akiko), Akiko,  Gabe. Non photographiés : Vanessa, Yin, Kate, Caroline, Tim.

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Les fromages de Neal's Yard, apportés par Hugh : trois chèvres anglais, un caerphilly (que Tim décrit comme atypique de l'appellation). Si Neal's Yard n'existait pas, il faudrait l'inventer. Nous nous disons que ce serait formidable d'avoir un Neal's Yard à Paris. Mais que c'est pas demain la veille. On ne dit jamais assez - et surtout pas en France - combien les fromages anglais sont phénoménaux. Surtout depuis le revival de ces trente dernières années.

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Vanessa avait préparé deux desserts : un gâteau au chocolat glacé à la meringue et un zuccotto (ci-dessus) que j'ai adoré.
Remerciements généraux : à tous pour être venus, pour votre compagnie et pour les bouteilles. Remerciements particuliers : à Vanessa pour son hospitalité et sa gentillesse, ses délicieux puddings, etc. Merci à Alex pour les joues de bœuf et les vins, dont le château-belgrave. Merci Maggie et Enrico pour le brunello (les trois bouteilles y sont passées, oui oui, j'en ai à peine bu). Merci Yin pour The Taste of Britain et pour être venue de si loin. Merci Tim pour ce précieux Venus in the Kitchen de Norman Douglas, édition vintage. Merci Caro pour ta compagnie et pour ton aide, que j'ai hélas refusée souvent parce qu'en cuisine je suis de ces drôles de bêtes qui ont beaucoup de mal à déléguer les tâches (et qui ne peuvent se résoudre à dire "Oui, merci, tu peux laver les casseroles s'il te plaît"). Merci Moby, Kate et Gabe pour le guanciale, merci Max pour avoir illuminé deux soirées de ta présence mais aussi pour avoir été à l'origine de l'événement, pas moins. Merci tous azimuts si j'en ai oublié. Et enfin, merci Jean-Marc de l'autre côté du Channel pour la recette, la tonka, et pour m'avoir appelée à Londres afin de me donner les dernières précisions.
Enfin, toute ma compassion et mon amitié à Howard qui n'a pas pu venir, pour une raison tragique.
Il est bon de connaître, de temps en temps, des évenements comme celui-ci pour se rappeler que la vie vaut d'être vécue.

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28 février 2009

Ptipois Cookathon, Londres, 28 février

Je devrais vous entretenir du festival OFF4 Omnivore auquel j'ai assisté lundi et mardi dernier en compagnie d'autres amis blogueurs, mais je ne pourrai le faire que d'ici quelques jours. En effet il est rare que je blogue à chaud. Il me faut, et les événements porteurs de contenu nécessitent, un temps de digestion. Je ne blogue en temps réel que quand je suis en vacances — par exemple en septembre-octobre 2008, en Chine — et ça m'arrive rarement. Et là je ne suis fichtre pas en vacances, pas plus que je ne l'étais en début de semaine. En revanche je peux ici poster quelques images de l'expérience qui se prépare.

Bien que ce blog ne donne pas souvent de recettes — et je le regrette — la cuisine de Ptipois suscite des désirs. J'ai pensé commencer ce post par l'affirmation suivante, images à l'appui : "Bonjour, me voici en Ouganda où j'ai été invitée pour faire la cuisine, il fait 36 °C, d'ailleurs voici des bananes", mais ces photos ont été prises hier matin pendant notre shopping à Tottenham.

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02bananes

Tottenham, une abondance de produits africains, turcs, cypriotes, polonais, de poissonneries bangladeshi, etc. C'est là que nous partons à la recherche de poisson en grosses tranches, de piments habaneros, d'attiéké, de gingembre, d'oignons rouges, d'huile de palme zomi et même de sumbala — qu'on appelle aussi dawa-dawa et qu'une charmante commerçante ghanéenne est allée pêcher jusque dans les entrailles de son congélo. Elle m'a tendu le fruit fermenté du néré, dur comme un caillou. Je l'ai tenu entre trois doigts. "Vous ne l'avez pas en poudre ? — Si, bien sûr !" dit-elle en me montrant quelques pots sur une étagère, capsulés, scellés et pourtant odorants à travers la pellicule de plastique. Malgré la congélation, mes trois doigts ont senti le poisson fermenté pendant plusieurs heures.

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Ici, nous explorons un étonnant magasin cypriote où l'on trouve des herbes et des légumes de toute sorte, certains assez mystérieux, d'une grande fraîcheur. Les produits sont cultivés par les propriétaires dans une ferme du Hertfordshire.

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L'intérieur du magasin. Tsamarela, c'est de la chèvre séchée.

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Un aperçu du très beau quartier de Crouch End, tout au nord de Londres, où je réside pour quelques jours. Vous aviez déjà entendu parler de Crouch End ? Moi pas. Le quartier n'est pas desservi par le Tube, il faut faire la navette en bus avec Finsbury Park. Il est tout en collines, en charme, en jolies maisons victoriennes. C'est un village.

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La cuisine où se déroulera le Ptithon, ou Ptifest comme on l'appelle déjà.

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Autre vue de la cuisine. Notez la belle collection de poteries.

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Une toute petite partie de mon shopping d'hier, cette fois à Chinatown. Courge kabocha, lard chinois, choux-raves, shiitake séchés. L'huile de palme zomi importée du Ghana provient de Tottenham. Les poissons et les herbes attendent dans le frigo. Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir cuisiner, à votre avis ? (À suivre.)

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22 février 2009

Off to the OFF

Ce blog sort momentanément d'un sommeil dû à une intense période d'activité que traverse son auteur dans la Vraie® Vie©™ juste pour vous avertir que Chez Ptipois participe au festival OFF4, qui se tiendra demain et mardi à Deauville, comme l'année dernière.

off

Je vous garantis que l'événement, sur la blogosphère, sera couvert comme la meilleure laitière cauchoise par le plus fringant taureau reproducteur de Haute-Normandie. Du moins, on va y travailler.
J'empoigne mon sac, mon MacBook et mon Nikon, mon cocher m'attend, voilà, on est partis. À très vite. Restez en ligne.

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25 janvier 2009

Gong xi fa cai !

Bonne année du Buffle !

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Buffle en terre de Yixing, Canton.

Pour que cette nouvelle année lunaire nous soit clémente, j'affiche ici des sourires d'immortels, rencontrés dans des temples du Guangdong. Ce post contient une prière.

immortel

Canton, l'un des Cinq Immortels du temple du même nom.

foshan

Immortelle en céramique émaillée sur les toitures du temple des Ancêtres à Foshan.

bonsai

Des racines de bonsai pour l'enracinement solide de tous nos projets  et leur développement même dans des conditions arides, et un peu de rouge de bon augure (académie du Clan Chen, Canton).

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07 janvier 2009

Comparaison (n'est pas raison)

Aujourd'hui il faisait froid, plus qu'hier et bien moins que demain. Quand il fait froid dans Paris, il faut y marcher, longuement, de préférence à la tombée du soir, avec l'occasion de voir autant de ciel que possible.
Hier soir entre 17 et 18 heures, pour moi, toutes ces conditions étaient réunies. Je devais me rendre de la place Saint-Michel à la rue de l'Université du côté de la rue du Bac. L'occasion de faire un petit tour le long de la Seine en profitant du ciel de neige, de la beauté minérale que prend Paris à cette heure-ci par ce temps-là. On ne pouvait faire plus romantique. Prévoyant que j'allais voir du beau, j'avais emporté mon grand-angle au bout de mon Nikon D80. Pour lui tenir compagnie, niché dans mon sac, mon petit coucou Konica Revio à 3 millions de pixels (on ne rigole pas) acheté en 2002.
Donc à ma droite, Goliath, le reflex numérique bodybuildé très beau très cher, avec son fisheye qui se la pète ; à ma gauche, appelons-le David, le petit bitoniot à deux sous dont la marque fait pouffer certains pros, avec son écran timbre-poste, sa batterie qui tourne de l'œil et son capteur n'en parlons même pas. Et pourtant si, parlons-en. Plus je me familiarise avec les APN, plus je reste coite devant la qualité de ce petit capteur. Bien sûr il se fait vieux, il a quelques pixels morts, mais un coup de tampon sur Photoshop et c'est réglé.
Hier soir, donc, ayant longé la Seine depuis Saint-Michel, j'arrive devant l'Institut, il me faut plonger dans le tissu urbain pour rejoindre la rue de l'Université. Avant cela, j'utilise, alternativement, les deux appareils. Je vous livre les photos sans commentaire en indiquant avec quel APN chacune a été prise, juste pour que vous compariez vous-mêmes. Quelles conclusions, le cas échéant, tirez-vous de ces quelques vues ?
(Je précise qu'elles n'ont pratiquement pas subi de traitement sur Photoshop, à part un éventuel recadrage.)
Oui, je sais, comparaison n'est pas raison, et pour citer une photographe de mes amies, l'important ce n'est pas la technique, c'est la sensibilité et l'œil. Mais justement, on peut discuter de cela, car j'aime tirer un parti artistique des contraintes techniques. Je n'en dis pas plus pour le moment.

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Le pont des Arts vu par Goliath (Nikon D80, zoom Sigma 10-20).


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Le même vu par David (compact Konica Revio KD 310-Z).


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Nikon.


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Konica.


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 Nikon.


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Konica.

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Nikon.


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 Konica.


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Nikon.


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Konica (vous avez compris que je l'aime beaucoup, ce petit bonhomme).

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02 janvier 2009

Bonne année 2009 : vogliamo tutto !

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Bonne année 2009 aux lecteurs de ce blog. Pour illustrer ces vœux, l'aventure en quatre images du thé oolong d'Anxi.
Et tous mes souhaits pour vous, parmi d'autres nombreux et ardents désirs. Oui, parce que je suis une fille dans le genre des révolutionnaires italiens qui répondirent à la question "Mais enfin, qu'est-ce que vous voulez ?" :

"Vogliamo tutto !"

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Nunzio Bava, I lavoratori (1942).

Oui, parfaitement, vogliamo tutto. On veut tout. Comment ça, c'est la crise ? Raison de plus. Ce qui me donne l'occasion, en ce début d'année où il faut prendre des résolutions et former des vœux, de rendre hommage à travers les plans d'existence à mon maître Arnold von Keyserling (1922-2005) qui, à certains "spirituels" qui affirmaient qu'il fallait maîtriser, voire supprimer le désir, répondait : "Au contraire ! Il faut avoir des désirs démesurés."

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© School of Wisdom.

En 2009, donc, je vous souhaite de danser sur la tête. En ce monde qui marche sur la tête, cela pourrait bien devenir une mesure prophylactique. Qui sait ? Le monde, peut-être, finira par vous apparaître à l'endroit.

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Je vous souhaite en tout cas de beaucoup voyager en 2009, ne fût-ce que dans votre tête (considérable économie de billet d'avion, et je ne parle pas de la trace carbone).

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En 2009, pour lutter contre l'exaspération provoquée par le jeu pervers des média, je vous conseille la méthode de Pénélope Jolicœur. Vous verrez, ça change tout.

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Et comme ceci est un blog culinaire, je vous souhaite de manger, boire et cuisiner des choses délicieuses, de découvrir des denrées précieuses, nouvelles, anciennes, oubliées, retrouvées, venues de très loin ou ancrées dans vos traditions. Et de suivre un autre conseil : celui de mon ami Tim Hayward dans son lumineux article du Guardian. En période de crise, au lieu de dépenser moins pour la nourriture, dépenser plus : ne pas abandonner les bons produits sous prétexte de serrement de ceinture. Pourquoi ? Parce que si vous le faites, les petits producteurs — les maraîchers de nos marchés, l'éleveur qui respecte l'animal, le cultivateur de shiitake, le ramasseur d'œufs de poules heureuses —, qui ont déjà beaucoup de mal à s'en sortir, disparaîtront dans la tourmente.

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Tim a toutes les qualités, mais notamment celles d'être l'auteur culinaire le plus spirituel et le plus politiquement sain de tout le Royaume-Uni, d'être un ardent amateur de belle viande (avec de surcroît quelques compétences en boucherie), et enfin d'écrire comme un dieu. Dans toute son espiéglerie, il garde le meilleur pour la fin. Je ne résiste pas à vous traduire le dernier paragraphe, intitulé The unbearable smugness of the foodie (L'insupportable suffisance du foodie). Tim, merci pour ceci :

Depuis des temps immémoriaux, les figures influentes de notre société étaient les gens d'affaires, occupés à hurler dans des téléphones portables, à faire circuler l'argent, à remuer de l'air en tout sens et à "créer des richesses". Nos écrans de télé en débordaient, la publicité en avait fait sa cible quasi exclusive et le gouvernement les avait même érigés en modèles. Eh bien, ces gens ont eu le temps de faire leurs preuves, et ils ont tout foiré. Plus personne ne veut d'eux désormais ; et contrairement à eux, les gens capables de préparer un bon repas, de nourrir une famille, de remplir généreusement la marmite et d'accommoder les restes jouissent d'une aura quasi héroïque. Avez-vous remarqué que les foodies, souvent, accueillent la récession d'un regard serein ? Nous sommes en effet au meilleur de nous-mêmes lorsque l'humanité a besoin d'économie, d'astuce, de générosité et de confort modeste — mieux : nous en concevons une intolérable fierté. Oh oui ! Notre heure est venue. (...) En 2009, nous en sommes persuadés, les foodies prendront enfin la place qui leur revient de droit : celles des nouveaux Maîtres de l'Univers.

Bonne année à tous.

Posté par Ptipois à 23:52 - Miscellanées - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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