chez ptipois

garanti sans feuille de menthe

11 juin 2008

Naviguer en Auvergne (1)

Or donc, dans la catégorie "coups de main interblogs et pérégrinations gastronomiques", nous partîmes donc le 3 juin dernier sur les routes d'Auvergne pour le compte d'un guide des restaurants. Nous = Memapa (qui a annoncé l'escapade sur son blog) et moi. Nous avons rencontré pas mal de gens et pas mal de vaches, quelques moutons et même deux ou trois ânes, un certain nombre de chevaux à roulettes, mais pas de Terribles Vialattes. Bien qu'à certains moments, devant la désertitude de certains grands espaces et la densitude de certaines forêts, nous nous soyons remémoré la phrase immortelle de l'écrivain auvergnat : "Le loup est ainsi nommé à cause de ses grandes dents."

01_Clermont

Première étape, qui nous voit sauter avec allégresse du train Corail et prendre possession de la Pijo de location : Clermont-Ferrand aux noirs murs. Un retard ferroviaire envoie dinguer dans le décor mon premier projet, qui était d'aller regoûter la cuisine de l'Hôtel de la Poste à Saint-Sauves. Nous en serons quittes pour un curry tamoul (très bien, avec des frites) juste en face de la gare avant de souquer vers le Cantal.
Ci-dessus : cathédrale de Clermont, l'autel de la Vierge vu à travers la porte.

02_route

Il pleut. Des camions nous vaporisent de fraîches gouttelettes en nous doublant, les brutes épaisses. Il repleut. Passé Saint-Flour, passé la planèze, nous jetons l'ancre à Saint-Urcize, notre première étape, à la pointe Sud du Cantal. La pluie a cessé, des lambeaux de nuées s'accrochent aux arbres.
Déléguée au copilotage, j'étudie la carte indéchirable achetée à la boutique Michelin, place de la Cathédrale à Clermont. De village en village, nous rêvons sur certains noms de saints. Le fait que des gens aient pu s'appeler (et pourquoi pas, s'appellent encore) Nectaire, Austremoine, Yrieix, Urcize, Illide, voire Flour, nous épate.

 

Étape 1 : Saint-Urcize (Aubrac)

04_mairie

C'est sous ce ciel d'orage que nous découvrons Saint-Urcize. Une lumière que j'ai déjà vue en Aubrac, et qui fait scintiller la pierre grise et les écailles reptiliennes des lauzes de schiste. Le tout répercuté par un ciel couleur taupe et pourtant luminescent. Le village n'est pas très animé. Il n'est même pas animé du tout. Il fait froid. La nature, qui ailleurs est en juin, est ici encore en avril.

09_nature

03_StUrcize_boucherie

Autour du petit saucisson très sec que j'ai acheté chez ce boucher (juste à côté de notre hôtel-restaurant + café-tabac-journaux + manufacture de mouches de pêche), un papier sulfurisé bien serré. Il est imprimé d'une image représentant une vache qui pleure et une petite fille qui lui dit : "Pleure pas, grosse bête, tu vas chez (suit le nom du boucher)."
L'hôtel-restaurant porte le nom de son propriétaire, mais nous avons oublié son prénom, qui nous a été communiqué oralement. Je cherche dans ma mémoire. Memapa suggère : "Urcize ?"

06_toit

Je pars faire un tour de village pour me mettre en appétit. Chaque perspective que je découvre est une carte postale potentielle. Je me dis que l'Auvergne a toujours été une région trop facile pour les fabricants de cartes postales.

05_sir_ne

Cette petite sirène orne une fenêtre Renaissance, place de la Mairie. Elle porte un peigne pour ses longs cheveux ; et ses écailles, ainsi que ses nageoires caudales, sont amoureusement ciselées. (Ça me paraît normal : si j'étais un monsieur amoureux d'une sirène, je serais particulièrement attentif à la grâce de ses nageoires caudales.) On devine encore ses joues pleines mais, dommage, son visage, qui devait être charmant, a été martelé.

10_nains

Ces nains de jardin se préparent à une partie de foot mais ces petits crétins ont chacun un ballon. Cela doit être pour ça que la partie ne commence jamais et que le lapin détourne le regard afin de cacher une nuance de mépris.
Tout est très calme…

07_chien

08_porte

Ce soir, à l'auberge, il y aura une soupe poireaux-pommes de terre parfaite avec des croûtons tout chauds, une côte de veau (et quel veau ! On est bien en Aubrac…) à la crème accompagnée des premières petites girolles (pas plus d'un centimètre de diamètre), et une truffade (ratio fromage-pomme de terre au désavantage de la seconde). Le tout suivi d'un millard aux cerises bien fondant et croquant de sucre, et arrosé d'un excellent marcillac rouge. En outre — certains diront que c'est un petit plaisir mais je suis d'avis qu'il n'existe pas de petit plaisir —, c'est un soulagement de boire de l'eau au robinet meilleure que de l'eau en bouteille. C'est l'Auvergne.

Posté par Ptipois à 00:55 - En voyage - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Que c'est beau! Un merveilleux endroit!

Bises,

Rosa

Posté par Rosa, 11 juin 2008 à 09:52

Les photos

Je trouve que la photo du village dans l'obscurité de l'orage proche est très belle.
En revanche, je trouve que les descriptions de repas sont une torture.
Ma femme cuisine très mal, et chaque fois que je viens sur ptitpois, j'ai mal.
Je ne changerai pas de femme pour autant, bien que je trouverais volontiers une "maîtresse culinaire", si le concept existe.
Peut-on tromper sa femme avec une meilleure cuisinière?
Se tirer en douce sous un prétexte fallacieux du domicile conjugal et dîner merveilleusement avec sa maîtresse culinaire?
J'en salive à l'avance...

Posté par Bocuzz, 11 juin 2008 à 19:49

Le pinard

Hum, un excellent marcillac, c'est un peu comme un nazi sympathique.
Je poursuis mon oeuvre de déconstruction analytique de ce reportage en Auvergne.
Quant aux "petits plaisirs", attention à la delermisation.

Posté par Bocuzz, 11 juin 2008 à 20:47

Bon, on note donc que Bocuzz a besoin 1) d'une autre femme (candidatures acceptées dans ces commentaires) et 2) d'un complément d'expérience dans la catégorie "vins de pays". À propos de delermisation, Bocuzz, votre style ne m'est pas inconnu...

Posté par Ptipois, 11 juin 2008 à 21:47

Oh non, pas d'une autre femme, juste d'une autre cuisinière. J'irais jusqu'à me contenter de Christine Lagarde, si la ministre était cordon bleu, ce dont je doute.
Il n'est pas question de sexe, mais de plaisirs palatins.
J'ai cru reconnaître dans votre prose une vague admiration honteuse pour la faconde de monsieur Petitrenaud, idole des chefs de la France profonde, qui vante des plats hélas pas toujours abordables par le pékin moyen, dont je suis.

La purée de brochet cueilli le matin même, farci aux écrevisses fraîches délicatement broyées, le tout arrosé d'un bourgueil de grande extraction...

Violence bucco-sociale! Provocation stomacale! Humidification dangereuse des babines!
Travail inutile des mandibules excitées comme des larves de frelons par des images cérébrales quasi pornographiques déclenchées par la vue! O traîtresse vue!

Voilà pourquoi j'aime votre côté "cuisine du peuple"... cuisine chinoise à la française?

Posté par Bocuzz, 11 juin 2008 à 22:25

Je ne suis pas un polémiqueur forcené, mais cher Bocuzz, il est vain de vouloir distinguer plaisir de table et plaisir de lit. Un meuble mène tellement bien à l'autre, qu'on les confond dans une seule et même fonction : unir les jouisseurs !

@Ptitpois : je suis sidéré. Mon charcutier s'est essayé à la peinture, pour la plus grande joie de ma méchanceté. Il a accroché certaines de ses "oeuvres" dans son échoppe, et depuis des années, j'essaie en vain d'acquérir sa pièce maîtresse : un fermier qui traine un porc en laisse. Le porc pleure à grosses larmes, mais le fermier le console par une bulle qui dit : "pleure pas grosse bête, tu vas chez |nom du charchutier]".

Je lui ai fait des offres délirantes pour cette croûte, qu'il a toujours refusées, et plus je montais dans les prix, plus je renforçais en lui l'idée qu'il était un peintre de talent.

Je vais tâcher de prendre une photo. Je le tiens !

Posté par Antoine, 17 juin 2008 à 12:31

Les photos

Bien vu le coup d'oeil sur la sirène ! De la vraie dentelle de pierre sur ce coin de fenêtre. Peut-être rêve-t-elle de s'envoler en fille de l'air à l'instar de celle du conte d'Andersen ?

Posté par Bobino, 19 juin 2008 à 04:23

Ah L'Aubrac ! ses paysages, son climat, ses vaches, sa gastronomie !
L'Auberge doit être "Chez Remise" tenue par le sympathique et bavard Fred et la cuisine par son neveu Jocelyn.

Pour découvrir autres trésors gastronomique de l'Aubrac : http://www.lesgrandesbouches.com/Terroir_de_France/terroir_de_france.html

Posté par Grandes Bouches, 29 juillet 2008 à 17:39

Un curry tamoul, avec des frites ?

C'est une blague ?

Posté par Patrick122, 03 août 2008 à 18:26

Non, c'est pas une blague, et c'est bon.

Posté par Ptipois, 03 août 2008 à 18:35

Un curry tamoul, ça sent la contrepèterie. J'aimerais que sur ce site le sérieux domine, un petit peu.

Posté par Bocuzz, 16 août 2008 à 15:09

Il y a des nains de jardin en Aubrac???? C'est l'invasion en règle!

Posté par gato azul, 05 février 2009 à 14:06

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