Typhon sur le Guangdong

Ce qui est fait n'est plus à faire. J'aurais dû réfléchir avant d'intituler le post d'hier "Humidité", car la "cancellation" du typhon ne signifiait pas qu'il en avait fini avec nous, elle voulait seulement dire qu'on était rassuré sur sa nocivité. En fait d'humidité, je n'avais encore rien vu. Hier, Jing a rentré dans la cuisine ses kumquats confits au sel et au sucre qui séchaient sur le balcon. Ce détail aurait dû me mettre la puce à l'oreille.

Lumière de plomb, trombes d'eau, vent à décorner les buffles : il me faut un certain temps pour demander à Jing : "C'est ça un typhon ?" Elle me répond par l'affirmative. Ça y est, une fois dans ma vie j'ai vu un typhon. Le voir en photo est une chose. Être en plein milieu est beaucoup plus impressionnant. Je me demande comment les cyclistes cantonais, pour la circonstance revêtus d'impers à capuche très couvrants, pédalant lentement et courageusement contre les éléments, font pour ne pas s'envoler.

C'est qu'ici, la pluie, on connaît. Ce n'est pas comme à Paris où des attroupements se forment sous les auvents des magasins dès qu'il tombe trois gouttes. À Canton, on sait que l'eau, c'est juste de l'eau, et qu'on finit toujours par sécher (ceux qui ont suivi mes précédentes aventures cantonaises, en décembre-janvier, savent que les Cantonais ont une connaissance très développée des trucs qui sèchent). On ne se laisse pas démonter, on sort les parapluies — ces objets un peu déchirés, un poil tordus, qui se transforment en ombrelles quand il y a du soleil —, et on avance à petits pas.

Vous préférez le parapluie bleu ? Pas de problème.

Si j'avais demandé un peu plus tôt à Jing si ce qui nous arrivait était bien un typhon, j'aurais réfléchi à deux fois avant de proposer un dîner au restaurant sichuanais de Jiang Nan Xi. On s'est régalés, mais on a également pris la sauce. Je n'aurais jamais cru qu'on puisse être si mouillé. On a l'impression que la pluie va pénétrer dans notre peau comme dans une éponge et qu'elle ne va jamais s'arrêter. Nos vêtements, saturés d'eau, pèsent des tonnes. Dans la flotte jusqu'aux chevilles, nous cherchons un taxi. Il faudra une demi-heure. Par miracle, aucun de nous n'a fondu.

L'eau tombe en grands rideaux. Quand nous rentrons à l'appartement, le vent s'engouffre par la porte d'entrée en hurlant comme une ménade. Il est temps de préparer les bagages.
Demain nous partons pour les montagnes magiques du Fujian, dans la région d'Anxi — celle des thés tieguanyin. Huit heures de route. Nous avons pris des provisions : cerneaux de noix enrobés de caramel de miel, crackers aux oignons verts, génoises fourrées de divers fruits chinois, biscuits sablés aux noix, petits gâteaux mous au riz gluant, cacahuètes salées et pimentées. Lever à 7 heures, rendez-vous avec notre hôte à 8 heures au marché au thé. Il n'y aura probablement pas de mise à jour de ce blog pendant quelque temps, une dizaine de jours à vue de nez. Mais soyez sûrs que pendant ce séjour je ferai provision de beauté, de sourires, de vent frais et de parfums de thé.
De ce voyage auquel j'ai longtemps rêvé, quelqu'un qui, voici quelques mois, m'avait déjà parlé de ces montagnes magiques ne sera pas absent. Les images lui en seront dédiées.