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2 septembre 2008

La Table d'Adrien, Paris : interdit aux femmes

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Photo empruntée au blog de John Talbott. 

A-t-on le droit d'écrire sur un restaurant dans lequel on n'est jamais entré ? Non, évidemment. Et pourtant il y a de rares, très rares et singulières circonstances qui y autorisent. Écoutez plutôt cette conversation téléphonique que j'ai eue il y a moins d'une heure.

"Allô ? Bonjour monsieur, je suis bien à La Table d'Adrien ?
— Oui (voix très méfiante).
— Je vous appelle de la part de mon ami John Talbott, qui a fait chez vous un repas mémorable et m'en a dit le plus grand bien."
(Lourd silence au bout du fil, puis la sentence tombe :)
"Je lui avais pourtant demandé de ne parler de moi à personne.
— Il ne m'a pas présenté les choses ainsi.
— Je vais vérifier s'il reste de la place... (Les ondes d'un regard circulaire autour de la salle se révèlent en réalité celles d'une profonde réflexion dubitative. Ce sont des choses qu'on sent au téléphone, d'autant que la voix se fait de plus en plus hostile.)
"Ah non, désolé madame. Vous savez, c'est une espèce de club ici.
— Oui, cela, il me l'avait dit.
— Et vous savez, je déteste qu'on parle de moi. C'est un club, et je lui avais bien recommandé de n'en parler à personne.

(Note de Ptipois : le restaurant est largement commenté sur le blog de John et sur LesRestos.com, donc la notion de club est ici quelque peu relative. Si vous y voyez dans l'un ou l'autre article la moindre injonction à ne pas s'aventurer à visiter l'endroit, dites-le moi, car je n'y vois rien de tel (pour être juste, Alain Fusion évoque la chose, mais sans qu'on puisse prévoir l'accueil glacial qui m'a été réservé). Et lorsque j'ai demandé à John si je pouvais téléphoner de sa part, il m'a bien répondu que cela ne posait pas de problème. Je connais John : s'il avait perçu la moindre réserve à ce sujet, il n'aurait pas hésité à me mettre en garde. Alors soit ce monsieur et lui ne se sont pas compris, soit le patron réinvente un peu l'histoire. Mais continuons avec ce fascinant dialogue.)

"Je sais bien que c'est une "espèce de club", il m'en a avertie. Mais il précise aussi que vous admettez parfois des non-habitués à votre table et que ce que vous cherchez surtout à éviter, ce sont les badauds et les touristes en vadrouille, qui abondent dans le quartier. C'est précisément pour cela que j'appelle en me recommandant de lui. Je ne pensais pas en effet obtenir une table en appelant de but en blanc. Maintenant si vous me dites que je ne peux pas avoir une table parce que je me recommande de lui et que je ne peux pas non plus avoir une table sans me recommander de personne, cela signifie qu'il n'y a aucun moyen que j'obtienne une table ?
— C'est bien cela, c'est un club ici.
— Donc qu'il n'y a aucune chance qu'on se rencontre un jour et que j'apprécie la cuisine de votre restaurant ?
— Exactement. Parce que c'est un club de machos.
— Ah... Un club de machos."
(Me voilà un peu désarçonnée, je l'avoue. Je ne m'attendais pas à cet élément.)
"Oui, un club de machos, confirme-t-il. Vous seriez mal à l'aise."

(Faut-il que ce soit "un club de machos" au sens fort pour qu'il prévoie que j'y serai mal à l'aise ! Comme si une femme devait toujours se sentir mal à l'aise dans une ambiance macho. Il y a les ambiances macho chaleureuses et les ambiances macho réfrigérantes. Nappes à carreaux ou pas. Alors que se passe-t-il au juste ? Les femmes sont découragées dès la réservation ? Elles ne peuvent espérer entrer ici qu'accompagnées et introduites ? Des talibans tiennent l'établissement ?)

"Une ambiance macho. Je comprends.
— Eh oui.
— Et pourtant, c'est votre femme qui est en cuisine. Ça me paraît un peu étonnant pour un club de machos.
— Oui, c'est ma femme qui est en cuisine, et ma femme elle fait ce que je lui ai appris à faire."
(Sympa, décidément. Le monsieur ajoute, pour explication, qu'il est de la campagne. Je ne saisis pas trop ce qu'il veut dire par là, au juste. En tout cas, sympa aussi pour la campagne.)

"Bien, monsieur, je ne vous dérange pas davantage, et je vous remercie pour votre amabilité et votre ouverture d'esprit.
— Oh, moi vous savez, je suis tel que Dieu m'a fait.
— Eh bien moi aussi je suis telle que Dieu m'a faite, et je trouve que ça manque singulièrement de chaleur, tout ça. Bon vent."

Une chose que j'aimerais tout de même savoir, c'est pourquoi, dans ces conditions, l'autorisation a été donnée de poster sur Internet deux critiques (élogieuses) de ce restaurant. On peut y aller ou on ne peut pas y aller ? Et qui peut y aller ? S'il faut absolument montrer patte blanche, à quoi sert-il de poster des articles sur ce restaurant sur des sites Internet comme LesRestos.com, qui sont tout de même censés informer le grand public, fût-il amateur éclairé ?
Sur son blog, John raconte qu'il a montré au patron et à la (euh) patronne une copie de l'article d'Alain Fusion sur LesRestos. Apparemment cette lecture n'a pas eu l'air de déplaire et personne n'a rien trouvé à redire sur le principe.

Il me semble aussi — mais cette opinion n'engage que moi —, que si j'étais restaurateur et que je détestasse "qu'on parle de moi", la dernière chose que je ferais serait d'ouvrir un restaurant à Paris dans le quartier de l'Opéra.

Ne nous embarrassons plus de conjectures, il est temps de donner de l'info : si vous êtes macho certifié AOC, disposez des clés comportementales ou physiologiques nécessaires pour espérer être admis au club, ou si tout simplement vous êtes mû dans la vie par un espoir insensé, à vos carnets (infos prises sur LesRestos.com) :
La Table d'Adrien, 9, rue Volney - 75002 Paris - Tél. : 01 42 61 00 44. Ouvert uniquement au déjeuner, de 11 h 30 jusqu'à 14 h 30. Réservation obligatoire. Le soir sur privatisation de la salle. Fermé dimanche.
Est-ce que c'est bon ? Il paraît. J'en sais rien en fait. La prochaine fois, nous parlerons d'endroits dont je peux témoigner que l'on y mange délicieusement. Des endroits où l'on n'a pas oublié d'être modeste, aussi.

Addendum du 6 septembre :
De mieux en mieux, voici le lien vers le petit article du Figaroscope sur ce restaurant, daté du 3 septembre. Là encore, à part la mention "cabotin", aucune allusion à un fonctionnement de club. J'aimerais bien savoir comment le journaliste (en l'occurrence, je crois, E. Rubin) a obtenu une table. On notera que la critique ne décerne qu'un cœur, ce qui est gentillet mais pas phénoménal, donc l'endroit ne mérite probablement pas tant d'attention. Mais cela fait longtemps que le problème n'est plus là, et s'il faut en croire l'unique petit cœur, il semble que le patron fasse bien des manières pour finalement pas grand-chose. Technique de marketing cousue de grosse ficelle blanche ?

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Commentaires
C
Sombre crétin. C'est comme le club des 100 ou autres niaiseries réservées aux poilus. Il y a des jours où la moutarde féministe me monte au nez.
B
Etes-vous sure avoir composé le bon numéro ? Je me suis rendue rien qu'hier avec des copines (je ne suis jamais allée à La Table avec des mecs, toujours avec des filles) et, comme d'habitude, tout de l'accueil au dessert était très bon. J'avais peur d'y retourner, car j'avais lu ce post il y a quelques jours, mais à mon humble avis c'est encore et toujours l'une des meilleures tables de Paris.
P
Figure-toi que je me frotte les yeux quand je relis cette conversation, bien qu'elle soit relatée avec exactitude.
G
Une bonne idée, le phone-bombing de voix de filles...<br /> Pour le test "voix féminine contre voix masculine " il serait judicieux de faire la demande pour un même nombre de couverts. Si le test est positif, effectivement, on pourrait avancer le refus de vente discriminatoire. Difficile en effet de prouver qu'une table est libre...<br /> En tout état de cause, la conversation téléphonique que tu relates est ... hors de mon entendement!
P
Résumons donc :<br /> <br /> Le restaurant La Table d'Adrien fait l'objet d'articles sur LesRestos.com, le blog John Talbott's Paris, dans ParuVendu et enfin j'apprends qu'Emmanuel Rubin a écrit un article dessus, vraisemblablement dans le Figaroscope.<br /> <br /> Ça commence à faire beaucoup pour un club privé où les femmes ne sont pas les bienvenues.
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