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26 mai 2005

Descente en vrille

_users_sophieb_desktop_image11 Et voilà, je boucle la catégorie "En voyage". Jusqu'au prochain.
Je pense que le principal problème lié au jetlag ne sera pas le sommeil. J'ai dormi de 23 heures à 6 heures, j'ai vu pire comme décalage, le bébé fait pratiquement ses nuits.
Évidemment tous les éditeurs avec qui j'ai l'honneur de travailler me sautent sur le poil en même temps. Pouce ! Je crois que je vais filtrer soigneusement le téléphone pendant deux jours, le temps de reprendre du tonus psychologique, et ne communiquer que par mail. Ça recommence sur les chapeaux de roue. Eh oui, le temps a passé et il faut reprendre les différents projets. C'est gênant : si mon voyage et le travail lié à celui-ci m'ont pris tout mon temps, à Paris les plannings restent ce qu'ils sont. Certaines échéances sont terrifiantes (j'avais pourtant dit qu'il ne fallait pas compter sur moi pendant mon voyage). La charmante épouse du bien-aimé fondateur d'un webzine ami a même des intentions de faire de moi une VIP (arf !) à l'occasion d'une manifestation qu'elle organise. Pas de problème, mais dans mon état actuel, ça me fait peur. Les relances par mail tombent comme à Gravelotte et j'ai même reçu de la maison d'un grand chef dont je tairai le nom une lettre recommandée dont le contenu me reste incompréhensible (mais dont les conséquences, que le lecteur se rassure, seront sans gravité).
Je suis fatiguée, submergée, et j'ai le mal du pays (pas le mien, cette fois). J'adopte donc la stratégie dite "de Scarlett O'Hara", élaborée lorsque l'héroïne traînait dans un placard le corps du soldat nordiste qu'elle venait de trucider : J'y penserai demain. Laissez-moi atterrir, par pitié !

Hier matin à Roissy, le photographe et moi, nous avions l'impression de rentrer dans un pays du tiers monde, cette zone nébuleuse où la civilisation n'a qu'imparfaitement pénétré et où le savoir technique fait défaut. Nous nous sommes aperçus, non sans un frisson, à quel point l'empreinte maléfique des énarques sur de nombreux aspects de notre vie quotidienne est sensible dès les premiers pas en France. Entre la sortie de l'avion et le contrôle des passeports, quelqu'un a eu l'idée lumineuse d'installer un imposant système de porte électronique à tambour ultra-perfectionné, tout en verre, plein de boutons et de reflets, destiné à filtrer les passagers. Pour commencer, l'utilité de ce premier filtrage reste mystérieuse, celui-ci s'effectuant avant tout contrôle, d'autant qu'aucun employé n'est là pour surveiller l'opération. Une simple chicane ou un tourniquet feraient aussi bien l'affaire. Ensuite, évidemment, le machin se bloque dès les premiers passages. Une dizaine de personnes se retrouvent en boîte, un puissant bip continu retentit, quelques hommes de l'art parviennent au bout de cinq minutes à écarter la porte tournante sans penser une seule fois à déverrouiller les portes latérales afin de faciliter le passage. Nous nous apercevons alors que rien n'est indiqué correctement, les panneaux mènent dans n'importe quelle direction, nous ne comprenons pas bien où sont les tourniquets à bagages, bref c'est le bordel. Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point la France pouvait être confuse. Et c'est là que nous nous apercevons que les bagages mettent trois plombes à arriver, accueillis par une foule dense, énervée et multilingue, parce que ces petits malins ont cru bon de jeter sur un seul tapis roulant les bagages de trois 747, excusez du peu, arrivés respectivement de Tokyo, de Boston et de Hong Kong. Les tapis voisins roupillent tranquillement, immobiles. Tout le monde a l'air de trouver ça normal. Nous sommes choqués : nous nous souvenons qu'à chacun des aéroports que nous avons traversés — et nous en avons traversé beaucoup en Asie —, tout était clair, les trajets étaient limpides et rationnels, la signalisation parfaitement logique, les contrôles brefs et efficaces (une seule fois, à Narita, le photographe s'est fait longuement peloter par une demoiselle du service de sécurité, sous mon regard narquois, mais je pense que cette jeune femme avait envie de peloter un Français), et les bagages ne se faisaient jamais attendre. À Tokyo il a même fallu que je coure après un préposé aux bagages qui emportait nos sacs je ne sais où, sous prétexte que nous arrivions les derniers (le photographe s'était arrêté pour shooter quelques avions). En outre, je ne vous ferai pas l'injure de vous rappeler un lieu commun : la gentillesse des Asiatiques en général, oui, même des Chinois, malgré la réputation qu'on leur fait parfois. Je n'en dis pas plus : au retour, la descente est brutale. Il est loin, ce jardinier qui, tout sourire, vaporisait de l'eau sur un splendide massif d'orchidées en plein aéroport de Singapour.

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Un espace d'attente à l'aéroport de Hong Kong, près d'une maison de thé.

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Dernier sashimi avant le long courrier. Aéroport de Hong Kong aussi.

Nous avons eu tous les deux, nettement, la sensation de quitter un monde civilisé (j'appuie sur ce mot sans fausse honte). Ce n'est pas de la rhétorique. J'aime mon pays, mais je n'en ressens pas moins, en passant du grand Est à l'Ouest dans son état actuel, la forte impression de quitter des pays où tout n'est pas idéal, certes, mais habités par l'espoir et la créativité, pour revenir en des lieux déprimés, ralentis, déboussolés, radoteurs, excessivement compliqués. Des hamsters dans des cages tournantes. Le vote sur le traité européen, pour lequel je suis contente d'être rentrée, aura un arrière-goût amer. Je précise que je voterai non, et que ce choix est d'autant plus solidement fait que je reviens de l'autre côté du monde, ce qui a approfondi mes méditations. J'ai toutes sortes de bonnes raisons pour cela. Mais brièvement : tout, tout sauf laisser l'Europe continuer sur sa lancée actuelle ; un électrochoc s'impose. Quand le peuple est devenu un obstacle à surmonter et non l'élément principal sur lequel s'établit la société, il faut tirer le signal d'alarme. Il faut rendre à l'humain le respect qui lui est dû. Le débat est ouvert.

Bon. Passons aux détails pratiques. Il va falloir que je me réhabitue :
— à faire la cuisine (sans blague, aujourd'hui je n'en ai plus envie).
— à faire le ménage.
— à faire mon café le matin.
— à faire mon rituel vodoun : chaque matin, au lever, quelques gouttes de café par terre pour les ancêtres (je n'arrive pas à croire que j'ai oublié cette habitude en voyage. Sans doute parce que je ne faisais jamais mon café le matin).
— à composer avec la mauvaise humeur ambiante, et, partant, à composer avec la mienne.
— à compenser mon activité assise par de longues marches (en reportage, pas besoin).
— à ne plus être en Asie.
Le photographe et moi, nous sommes d'accord : si demain on nous disait "Vous repartez la semaine prochaine", nous dirions oui tout de suite.

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Vol Dragonair Shanghai-Hong Kong, le 24 mai.
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