TV5 ne m'aide pas
Il y a des choses qui doivent être considérées avec la perspective appropriée, et TV5 est de celles-là. Ça n'a aucun sens de la regarder en France, il faut la regarder loin de France, c'est étudié pour. Ça fait plusieurs fois que j'allume la télé le soir et que je je zappe sur TV5 dans l'espoir de voir se renouveler le miracle du Bonheur de Varda (voir l'autre soir). Bien en vain. La première fois, je suis tombée sur la tronche de Nicolas Sarkozy et j'ai immédiatement zappé sur un concours de chanson disco sur une chaîne thaïlandaise. La deuxième fois, c'était Josep Borell qui expliquait que ceux qui se préparaient à voter non au référendum sur la Constitution européenne étaient de gentils petits nenfants nirresponsables à qui il fallait mieux expliquer les choses. Quand le présentateur parlait de menace sur les services publics, etc., le bienveillant Catalan balayait l'objection d'un geste de tribun à la fois sympathique et condescendant : "Ne vous inquiétez pas, la Constitution en parle." Ah bon, merci. Zapping immédiat sur HBO. Enfin je remets TV5 en ce début de soirée et que vois-je, une émission littéraire sous Valium consacrée à quelques écrivains ultracathos réacs, le béret basque enfoncé sur les oreilles (photos d'époque). Je crois qu'on m'a même montré Cioran. Le commentaire est récité avec un débit lent, lent, hypnotique, à croire qu'ils se sont trompés de vitesse en passant la bande. Là, ça suffit, je ne passe même pas sur Discovery Channel, j'éteins. Et je commence à comprendre : TV5 doit être conçue pour retirer aux expatriés tout désir de revenir en France.

Les écrivains réacs : eux aussi ont le droit de faire des listes de courses.
