25 août 2005
Aujourd'hui
Rien à signaler, hormis l'instant présent.
Aujourd'hui j'ai traduit un long texte en anglais, écrit une demi-douzaine de recettes, répondu à plusieurs e-mails, envoyé balader plusieurs appels téléphoniques, été impolie sur un forum de star-fuckers littéraires que j'aime beaucoup embêter, bu du café. J'ai la tête cotonneuse, le cœur un peu palpitant et les yeux qui se croisent les bras. Je fais une pause. Je me lève, je m'étire, je vais prendre l'air sur le balcon.
Il fait beau, à Agadir, aujourd'hui. Beau, clair et aéré, l'heure de grosse chaleur étant passée. Il fait d'ailleurs plus chaud dans le sud de la France qu'ici, où souffle l'air de l'Atlantique. Mes amis qui vivent ici ont raison, c'est vraiment un climat génial. Au-delà de la ville, les collines se détachent faiblement sur le bleu. Il fait doux, légèrement frais, c'est agréable. Je respire profondément. La vie est douce ici.
Avant le week-end nous devrions aller faire un tour dans les bananeraies d'Aourir, ou tout au moins au bord de la mer. On parle de se faire un méchoui, un tagine en bord de route, une petite balade sur la côte. Ce sera comme ils voudront. On est bien, ici. Hamdoullah !
24 août 2005
Il en reste
J'avais oublié dans un fond de sac mon reportage photo au restaurant
de l'Atlantic Palace. Une cuisine marocaine épurée, étudiée, mais
encore toute chargée de ses arômes fabuleux et dans le respect jaloux
de ses bases traditionnelles. Toute l'équipe de cuisine est marocaine.
Quelques images du déjeuner, puis de la séance photo qui a duré tout
l'après-midi.
Vous êtes priés de ne pas baver partout, les claviers finissent par coûter cher.
On commence par un petit tour dans la section pâtisserie des cuisines de l'hôtel.
Détail
d'un tartare de saumon en croustillant de parmesan, médaillon de
langouste de la côte, feuilles de vigne farcie, sauce à l'huile
d'argan, au miel et au thym. Notez le petit citron confit qui montre
son nez à droite, c'est un citron bergamote au parfum rare ; vous
n'avez pas fini de le voir.
Avec
le tartare de saumon, on avait déjà attaqué très dur. On continue
encore un ton plus haut avec le carré d'agneau du Souss (tendre,
savoureux, plein de caractère, cuit à la perfection), légumes confits à
l'huile d'argan, jus à l'huile d'argan et au miel (encore ? Je vais
vous dire une chose : on ne s'en lasse pas).
Détail des tomates confites à l'huile d'argan. Notez l'usage très libéral des herbes : thym, menthe, romarin.
Un
détail, ici, de la feuille de pastilla sur laquelle est servi ce mets
rare. Les pétales de rose sont là en signe de bienvenue. Les bâtonnets
sont du poivron confit.
Sorbet aux (merveilleuses) petites bananes de Taghazout, servies avec bananes séchées et zestes de citron confits. Après ce festin, nous attaquons les photos proprement dites.

On commence classiquement, par un couscous. Ne me dites pas que ça a l'air bon, je le sais.
Après le couscous, le tagine, évidemment.

Deux détails de la salade marocaine. Vous reconnaissez le citron.
Gros plan du carpaccio de saumon, sauce amlou, l'amlou étant une spécialité du Souss à base de miel, d'amandes et d'huile d'argan.

On termine en toute simplicité par quelques fruits.
Ah, pardon, j'avais oublié les pâtisseries. Suis-je bête !
Agadir (2)
Je vais vous le faire façon Ptipois, prise entre l'activité intense
de mes tâches professionnelles et les moments où nous sommes tout aussi
intensément occupés à ne rien faire. Le climat, la poussière,
l'organisation de la vie en général font ici des loisirs un travail
comme un autre. Chaque instant de détente doit être gagné sur la
distance, le soleil, le désert. Alors façon Ptipois, c'est quoi ? C'est
une image après l'autre, sans logique particulière excepté celle du
lieu, et des commentaires quand il m'en vient.
Des quelques clichés que j'ai pris depuis mon arrivée, photos de plaisir ou de travail, je retiens donc :

Le "café pois-chiche" dans un petit bistrot de bord de route. De quoi réveiller un rhinocéros mort.
Une bonne heure de route désertique et de pistes sableuses nous mène à l'embouchure de l'oued Massa, avec ce paysage splendide. Ce lieu est une réserve d'oiseaux. Au loin, on distingue des guirlandes de points blanc : des flamants roses, blanchis par le soleil. Les points noirs doivent être des ibis chauves.

Au bout de l'oued, on trouve ça (baignade dangereuse, mais irrésistible).
Un dessert au bord de l'Atlantique. Cette pastèque, par association d'idées, nous amène tout naturellement au souk.
C'est la saison des figues de Barbarie. Il y en a partout en ville. Tous les fruits et légumes sont à pleurer de bonheur. Les couleurs, les goûts, les odeurs sont puissants, terriens, prononcés, enivrants. On est ici dans la plaine du Souss, le potager du Maroc et dans une certaine mesure de l'Europe. Et, accessoirement et à ce qu'on m'a dit, dans le plus grand jardin bio du monde euro-africain.
Bon appétit ! Ces bols suffisent à donner faim. Heureusement, à la maison, hier il y avait couscous.
Démonstration par Karim de la méthode de consommation traditionnelle, en boulette roulée à la main.
On avait faim ! Et on y a mis une dent. Mais il y en avait largement pour tout le monde.
17 août 2005
Agadir
Me voici à Agadir depuis avant-hier. L'adaptation au climat se fait tout doucement, l'apprentissage du rythme local plus aisément. Tous mes élastiques se détendent l'un après l'autre. Ci-dessous, l'avenue Hassan-II telle que je la vois du bureau où j'accomplis quelques tâches (y compris celle de mettre ce blog à jour).
Et
le temps qu'il fait (un ciel blanc, une brume côtière renforcée par les
masses d'air venues de la montagne). Ça tempère quelque peu la chaleur
mais il en reste encore trop pour moi.
La
soirée d'hier a commencé par la visite de la très belle medina
Coco-Polizzi, sortie du rêve d'un artiste italien. Aucun commentaire ne
me paraît nécessaire, les images suffisent.





Et la visite se termine comme elle doit se terminer.
14 août 2005
Ptipois part en vacances
Mais elle garde sa connexion Internet, donc rebelote, comme en Asie : vous n'avez pas fini de l'avoir sur le dos.
Enfin, théoriquement. Parce qu'elle part pour se reposer. En principe.
11 août 2005
Ce qu'a fait Ferran (2)
Je regarde mes pieds, je ne suis pas fière. Ça fait tout de même une grosse semaine que je vous dois ce compte rendu. Cette première quinzaine d'août est plus que bousculée, c'est pas vraiment ma faute. Et puis il n'est pas très facile de parler d'un tel repas. Ce n'est pas une raison pour se défiler. Allez, au boulot.
Cala Montjoi
On parle souvent de la beauté du
paysage que l’on découvre entre la sortie de Roses et Cala Montjoi, la
petite anse profonde et boisée où se niche ElBulli.
On commence par
faire l’ascension d’un plateau rocheux aux schistes lourds d’esprit
chthonien. De façon peu surprenante (enfin, moi, ça ne me surprend pas), un
dolmen se tient au sommet. J’ai toujours regretté de ne pas avoir le
temps de lui rendre visite. Pas de doute, on est dans un lieu d’esprit.
Et tout est en harmonie : comment s’étonner qu’Adria, constamment
inspiré, ne se sente pas à son aise en un tel environnement ?
Après
le dolmen, on traverse un plateau dénudé, décoré d’une belle ferme
ancienne qu’on croirait posée là pour l’occasion. La première fois que
je suis venue, en 1998, il n’y avait rien sur ce mont chauve. Ce soir,
je vois qu’on y a planté quelques carrés de vigne.
C’est la descente
vers Cala Montjoi qui me fascine le plus. Elle me rappelle certains
panoramas sinueux et déchiquetés des îles grecques, cette découverte de
nouvelles anses et de nouveaux caps au fur et à mesure de la marche en
hauteur. Ici, la lumière décline et adoucit le paysage. On traverse une
zone boisée de pins et de chênes verts.
Comme il n'y a plus de place en terrasse, on nous propose de nous
faire passer à table séance tenante et de nous y servir apéritifs et
tapas. Nous gagnerons la terrasse après dîner, pour le café et les
alcools. Cool !
L'événement commence par la visite rituelle de la
cuisine. Ici, chef K. (rencontré à Tokyo en avril) en compagnie de
Ferran Adrià. Plus bas, le maître et quelques-uns de nos compagnons.
Il n'y aura pas, et j'en suis désolée, de compte rendu de chaque plat, encore moins de photo de chaque service, et j'ai égaré (c'est malin) la copie du menu spécial qu'on nous a concocté ce soir-là. J'ai plutôt photographié les ambiances et la perplexité de certaines découvertes. Ici, le copeau de sucre filé à l'huile d'olive (détail de l'ovni plus bas), disons carrément de l'huile d'olive à ressort.
La lumière n'était pas bonne pour immortaliser les olives sphériques, délicieuses, mais nous avons tout mangé. En revanche, voici les marshmallows aux pignons, les savoureux Oreos et le croustillant d'ibérico.
Trou normand. Quel est ce breuvage, cette bizarre tisane au goût de céréale torréfiée, d'encaustique et de vanille ? Nous cherchons, personne ne trouve. C'est tout de même très, très boisé. Le serveur soulève le couvercle de la théière et nous fait découvrir des copeaux de bois. Ce sont des copeaux de vieux fûts de bourbon whiskey. Étonnant.
Ce
soir, on nous le dit presque à chaque plat : il faut tout manger très
vite. C'est qu'on a mis l'accent sur des trucs glacés qui
s'évanouiraient, s'affaisseraient ou se vautreraient si on les faisait
attendre trois secondes. C'est la soirée gloups, et aussi aïe, mes caries.
On s'amuse beaucoup, comme toujours chez ElBulli. Ci-dessus, le dessert
le plus chugnux du monde. Je ne me souviens plus très bien de ce que
c'était, mais le truc blanc est très froid et le truc rouge très fruité.
Blague
dans le coin, ce repas m'a paru encore meilleur que les précédents,
plus maîtrisé, plus accompli, plus séducteur aussi. Cette année, Adria
joue de nos sens comme d'habitude mais ne joue plus de nos dégoûts afin
d'établir des contrastes. C'est non seulement surprenant, c'est aussi
paradisiaque. Tout plane très haut dans la stratosphère, et si nous
avons du mal à nous souvenir de ce que nous avons mangé dans le détail,
c'est parce que tout nous a procuré des sensations à la même hauteur
vertigineuse, sans baisse de niveau.
Arrive le Teppannitro, un des
derniers gadgets de la maison. Il s'agit de faire prendre en glace,
en temps réel, de petits tas d'appareil au guanabana à l'aide de
spatules métalliques ; puis on les coiffe d'un mystérieux matériau
granuleux, visqueux et croquant aromatisé au café (du caviar de café,
bien entendu), et clop dans le bec, aïe les caries, bref c'est de
l'Adrià.
La curieuse texture du caviar de café me rappelle quelque chose, mais quoi ? Heureusement nous avons la solution à portée de main. L'épouse singapourienne d'un de nos amis chefs fait entendre sa voix acidulée : dragon fruit, dit-elle d'un ton blasé très "à moi, on ne me la fait pas". Bon sang, mais c'est bien sûr ! Ces graines croquantes et fragiles, enrobées d'une fine gélatine végétale, cela ne peut provenir que d'un fruit au monde. Ce fruit de dragon du Sud-Est asiatique, qui n'a aucun goût mais beaucoup de texture. Bravo et merci, Priscilla ; nous aurions séché sans toi. Un conseil : si vous allez manger dans des endroits bizarres, n'oubliez jamais d'emporter un Singapourien dans votre poche.
Après dîner, comme prévu, nous nous asseyons en terrasse pour les après-desserts. Il se passe alors quelque chose d'unique.
C'est
ce quelque chose qui, cette année, me rendra ce dîner chez ElBulli
inoubliable.
Ses composantes sont mystérieuses. Il y entre le
phénoménal esprit, le talent, le génie qui ont présidé à la fabrication
de tous les plats que nous avons mangés, bus, gobés, croqués, sentis
s'évaporer dans notre esprit à peine entrés en bouche. Il y a aussi la
délicieuse fraîcheur du soir embaumée d'aiguilles de pin, et le bruit
des vagues en contrebas. Il y a la simplicité des tables de bois, la
sobriété du décor, l'absence de prétention du lieu, la cordiale gaieté
des serveurs. Il y a ce buisson de corail de chocolat qu'on nous a
apporté à peine assis en terrasse : un arbuste en
chocolat noir, trempé dans la poudre de framboise. Il y a ce
merveilleux manju moelleux au fruit de la passion qui nous
est servi. Je ne cherche pas à expliquer davantage, mais il se passe
une chose singulière.
Voilà.
Nous sommes tous assis là autour de
cette table, certains de nous sont amis, d'autres ne se connaissent
qu'à peine, d'autres viennent de se rencontrer. Parmi ceux qui sont des
amis, il y a eu ces temps derniers des incompréhensions, des vexations,
de la souffrance, des non-dits. Certains en éprouvent, j'en éprouve
aussi. L'un des convives, X., à qui je n'ai pas eu l'occasion de parler
depuis longtemps, s'assoit près de moi, nous discutions amicalement.
Nous décidons de commander des cigares et des alcools. Je choisis un
Partagas et un rhum du Guatemala, magnifique bouquet de caramel, de
vanille, de fumée de bois et de mangue confite. Quelque chose monte
dans l'air, s''échappe de chacun de nous, se rassemble au-dessus de la
table, et c'est une onde d'amour. Une amitié puissante nous unit, le
résultat précis du repas exceptionnel que nous venons de faire et le
couronnement inattendu de l'occasion qui nous a rassemblés autour de ce
repas. Le bonheur est parfait, un esprit. Je sens une force affective,
une paix, une tendresse universelle tangible, et tous mes compagnons en
ont une part. Il y a
longtemps que je n'ai été si émue par la simple chaleur de l'amitié
partagée, sans qu'un seul mot soit dit. C'est un instant de paix
totale. Si j'ai oublié de quoi se
composaient certains de nos plats, je ne suis pas près d'oublier cette
expérience d'amour que j'ai faite ici, à Cala Montjoi, et j'en tiens
Ferran Adria et son équipe pour les principaux responsables.
À
chaque fois que je vais chez ElBulli, je fais une expérience qui est
toujours très loin de se résumer au sensoriel, au gustatif. Elle lance
des tentacules vers le mental, l'imagination, l'esprit, l'être subtil.
Ce soir, cela va bien au-delà des mystérieux chemins cérébraux qui ont
déjà été ouverts par l'artiste de Roses. Les espaces révélés ce soir
sont du domaine de la divinité, de l'émotion pure, de l'amour mystique. Peut-être y ai-je
mis du mien, bien entendu ElBulli n'est pas une auberge espagnole pour
rien. Mais j'en reste persuadée : Ferran a de nouveau frappé un grand
coup, plus grand que jamais je crois, et m'a prouvé, une fois encore,
qu'il est bien davantage qu'un cuisinier.
Au Soleil de la Butte
C'était vendredi dernier, rue Muller. Bon, c'était le mois d'août, les flyers n'ont été envoyés qu'au dernier moment, mais pour la rentrée, ça promet.
À qui d'autre qu'à la délicieuse Candice peuvent être ces élégants objets ? À personne, évidemment.

Les mix de Xavier Ikeda sont excellents, vous ne raterez pas le prochain
(et je vous tiendrai au courant).
10 août 2005
Delicabar, bonne surprise
D'après ce que j'en savais sommairement, et d'après ce que j'en avais lu un peu partout, notamment sur e-gullet, tous mes voyants rouges clignotaient. J'avoue mes a-priori pour mieux expliquer ensuite comment je m'en débarrasse. Les ingrédients de la recette pour un persiflage de Ptipois en bonne et due forme paraissaient rassemblés : pâtisserie design à la Pierre Hermé, cadre néo-seventies finlandais avec couleurs de bonbons acidulés, insistance très mode sur le sucré et le chocolat (soooo foodie, soooo chic), et surtout situation en plein cœur du (Pas) Bon Marché, ce qui signifie racolage manifeste des grandes bourgeoises qui, avec ou sans yorkshire sous le bras, se ruent sur le chocolat noir pour garder leur taux de théobromine au-dessus de la ligne de flottaison, pendant que Monsieur se tape la enième secrétaire ou, comme le chantait Annie Girardot, "part aux Seychelles pour son boulot". Vous vous demandez déjà ce que font de telles horreurs sur le blog d'une personne qui se voudrait un tant soit peu foodie. Un crime de lèse-chocolat, pas moins ! C'est que j'ai vis-à-vis de la hype alimentaire une attitude très ambivalente : si j'aime les bonnes choses, le raffinement, la nouveauté, voire l'innovation, si je saute de joie devant les chercheurs comme Adria, j'ai vraiment un problème avec la préciosité et le snobisme. Et parfois, devant certaines manifestations d'extase pour celui qui a inventé le sorbet pâté Hénaff-fruit de la passion ou la déclinaison tout-yuzu, je me sens mal à l'aise. Je repense aux Précieuses ridicules, à la décadence de Rome, etc. Les meilleures choses sont généralement les plus simples et les moins chères. Et surtout, la majeure partie du monde bouffe peu, mal ou pas du tout, ce qui ne va pas en s'arrangeant. Voilà à peu près les noires pensées que je ruminais sur l'escalator du Bon Marché. J'avais tout de même décidé d'essayer, parce qu'il faut se faire une idée honnête, n'est-ce pas ? L'important, la seule chose qui compte, c'est le goût. Le taux le plus outrageant de hype culinaire, la manifestation la plus éhontée de snobisme gustatif et d'élitisme occidentalocentriste méritent un pardon total et instantané si le résultat est bon à manger. Mais dans le cas contraire, pas de quartier.
Je fais taire mes préjugés et je me laisse installer à une table
pleine de couleurs. Les pâtisseries que j'ai vues dans la vitrine en
arrivant ont tout de même une très bonne tête. Je note d'ailleurs des
petits gâteaux à base de mousse au chocolat noir, lait ou blanc qu'on
appelle "Truc chocolat". Même si le nom rappelle un peu trop les
niaiseries à la Frédérick Hermé, les gâteaux sont si jolis qu'on
suspend volontiers son jugement.
La carte ne laisse pas de doute :
on est dans le concept jusqu'au bout des cheveux. La gravitation
s'exerce autour du chocolat, du salé dans le sucré, du sucré dans le
salé, des thés, des fruits et j'ai oublié de quel autre élément. Il y a
relativement peu de salé et beaucoup de chocolat ; le sucré n'a pas
l'air excessivement sucré, c'est bon signe. Loin de partir dans tous
les sens, l'ensemble est maîtrisé, structuré, étudié. Tant mieux. Du
moment qu'on est dans le concept, autant y mettre le paquet.
Maintenant, il reste à voir ce que ça donne à l'épreuve des papilles.
Premier
plat : frapper fort et au cœur. Choisir un mets représentatif du style
général. Quoi de mieux qu'un foie gras au chocolat, fèves de cacao,
fleur de sel ? Zyva.
Arrivent donc ces deux tranches de terrine de foie gras en couches intercalées avec du chocolat, saupoudrage de fèves de cacao concassées, quelques grains de fleur de sel. La salade de mâche me semble superflue, il fallait peut-être une salade, je ne crois pas qu'il fallait celle-ci. Le foie gras est d'excellente qualité et le chocolat... Eh bien, l'association foie gras-chocolat peut sembler audacieuse de prime abord. Il n'en est rien. En réalité c'est l'association la plus naturelle du monde, si naturelle qu'elle en perd toute hardiesse. Les deux saveurs se ressemblent tellement, fusionnent avec tant de passion, qu'on ne distingue plus l'une de l'autre. C'est plus qu'une bonne idée, c'est une bonne surprise. La touche de génie, c'est la fève de cacao concassée. Comme si le créateur du plat avait eu conscience de l'harmonie un peu trop parfaite de l'association des deux ingrédients, il a ajouté ce détail pour empêcher le plat de s'endormir. Il n'a pas fait comme le premier chef branché venu, non : il n'a pas joué la facilité, l'acidité. Il en a rajouté côté cacao, avec ce croquant amer et aromatique qui tient l'assiette à bout de bras et donne sa cohérence à l'ensemble. Le pain — probablement du Kayser — est tout chaud, grillé sur une seule face, et là je ne peux que dire : chapeau. C'est exactement ce qu'il faut faire. L'œuf de Christophe Colomb. Je salue avec enthousiasme cette merveilleuse attention au détail. N'importe qui peut vous servir un toast du meilleur pain grillé sur les deux faces, mais il faut un sacré talent pour vous le griller sur une seule face, afin de vous donner la juste proportion de croquant et de moelleux. Bravo.
Gros plan sur mon drink. J'ai choisi un thé vert glacé maison, c'est pas mal mais c'est trop parfumé (thé vert aux parfums de fruits), trop puissamment infusé et surtout ça ne va pas du tout avec ce que j'ai commandé. Mais ça, c'est entièrement ma faute. En tout cas le liquide est joli (la photo n'en transcrit pas les reflets verts) et la paille est rose. C'est déjà ça.
Voici
le Truc chocolat, lait, gelée de mangue, crème au thé darjeeling. Sur un
socle de pâte sucrée croustillante, un petit savarin de mousse au
chocolat au lait peu sucrée, délicieuse. La gelée de mangue est
également peu sucrée et relève bien le tout. La crème au thé darjeeling
disparaît un peu dans l'ensemble.
Conclusion : un quasi-sans-faute,
un soin apporté à chaque détail, des produits de grande qualité,
beaucoup d'intelligence mais pas trop, des associations de saveurs qui
fonctionnent vraiment,
et des prix élevés certes mais pas
scandaleux. Quelques petites touches à rectifier (la salade ; et moins
fort, le thé vert glacé, s'il vous plaît) et on sera prêts à affronter
tous
les yorkshires de Paris.
05 août 2005
Récréation
Ça me changera les idées, mes amis d'Euro-Visions mixent ce soir au Soleil de la Butte.
Vous voulez venir ?
ElBulli ? Quoi, ElBulli ? Pensent qu'à bouffer. Rrrhaa.
Demain, ElBulli.
04 août 2005
Ce qu’a fait Ferran (1)
Chose promise, chose due. Je vous avais promis le roman-photo d’ElBulli 2005, le voici.
Il
n’est pas bon de se précipiter pour une telle occasion. Le dîner est
prévu pour dimanche soir ; j’arrive donc à Montpellier le samedi soir
afin de retrouver les copains. Le départ pour Roses est prévu pour le
lendemain vers midi.
Le Château du Port
Nous partons donc dimanche
midi. Première escale : Le Château du Port, à Marseillan, dernière
adresse des frères Pourcel, et une totale réussite.
Cette maison
blanche à balcons bleus est posée au bout du monde, entre les chais du
Noilly Prat et le quai donnant sur l’étang de Thau. C’est un endroit
magique, tout de bleu et de lumière.
Il fait un temps magnifique. Impossible de ne pas s’arrêter en terrasse, sur une table en mosaïque, sous la caresse des belles-de-nuit pelotonnées dans leur sommeil diurne.
L’apéro : sans hésiter, un marseillannais (Noilly blanc et Noilly ambré, what else ?). Les tons herbacés et boisés du noilly ambré (une boisson qui gagnerait à être mieux connue) valent largement ceux d’un lillet. À propos, si tout se passe comme je le prévois, il pourrait y avoir une montée en hype du Noilly Prat dans les mois à venir.
L’entrée : des fleurs de courgettes farcies aux palourdes. L’inspiration méditerranéenne des Pourcel dans ce qu’elle a de plus simple et de meilleur. Ici exécutée avec une grande vivacité de saveur.
Le plat fétiche de la maison : la sublime seiche à la rouille, tendre, parfumée, aillée sans fausse pudeur. Je ne désespère pas d’obtenir un jour la recette.
Le pré-dessert, bien dans la tradition pourcélienne. Une petite soupe de fraises et de pêches délicieuse par temps chaud, et tout aussi délicieuse en ce jour où il ne fait pas trop chaud. Et qui dit pré-dessert dit dessert : ce sera des fraises au granité de verveine.
Il est temps de reprendre la route ! Pas facile de s’arracher à un tel endroit.
Roses
Lors
de notre pèlerinage annuel à Cala Montjoi, nous descendons en général à
l’Almadraba, un bel hôtel à la sortie de Roses. Je me souviens
particulièrement de sa grande piscine d’eau de mer, un peu froide, qui
réveille après une longue route.
Le Sud, bon sang, le Sud ! Dali, qui disait que les plus beaux paysages du monde étaient autour de la Méditerranée et que les autres beaux paysages n'en étaient que de pâles imitations, était originaire de cette région de la côte catalane. Cadaquès n'est qu'à un vol de mouette. Aujourd'hui, je comprends ce qu'il a voulu dire. Je rappelle cette parole à Jacques Pourcel, qui me répond de son ton le plus prosaïque : "Il a raison."
Si l’on veut, comme les veinards ci-dessous, on peut aussi se payer la grande bleue.
N'oublions pas, en Catalogne, les petits déjeuners solides et les fruits.
Vous attendez le compte rendu du dîner chez ElBulli, hein ? Mais il faut être en forme pour cela. La suite demain, si vous êtes sages, si vous vous brossez bien les dents, faites votre prière et allez vite au lit, comme moi d'ailleurs.































































